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Hors-série #3 : la censure

Ou la fois où des amis se sont fait expulser de leur hôtel.

Rémi, Yasmin, Arthur et moi!

Juste avant de prendre le bateau pour se rendre en Turquie, nous avons fait la connaissance d’un couple de français, Yasmine et Arthur, voyageant à vélo également. Ils sont partis de Nantes et ils étaient supposés arrêter à Athènes. Finalement, ils ont continué et n’ont pas vraiment de destination finale. Vous voyez, nous ne sommes pas seuls à faire une petite balade à vélo. Considérant qu’ils ont un itinéraire similaire au nôtre, nous avons pédalé plusieurs jours ensemble. Vous pouvez suivre ces sympathiques français sur leur page internet: http://velo-aventure.com/ .

Un matin nous nous donnons rendez-vous pour aller voir les montgolfières décollées. Par la suite, nous allons à leur hôtel pour déjeuner.  Nous ne dormons pas au même endroit ce qui fait qu’on doit payer seulement le tarif du déjeuner. Nous discutons pendant une bonne heure sur nos itinéraires respectifs. Nous remontons tranquillement vers la Géorgie et eux vont plutôt vers l’Iran. À la blague (et pour stresser Yasmine), Rémi leur dit de faire attention puisque cette région est le Kurdistan et qu’il y a présence de PKK.

Je fais une petite parenthèse ici. Il y a sept régions en Turquie dont une qui est problématique : la région de l’Anatolie du sud-est. C’est la région avec la frontière avec l’Iran. Cette région est aussi appelé Kurdistan. Les kurdes veulent devenir indépendants. La Turquie ne veut pas. Lors de l’indépendance de la Turquie en 1923, le mot « kurde » est interdit ainsi que la langue kurde. Les habitants sont appelés les « turcs des montagnes ». Avec toute cette oppression, les kurdes se sont rebellés à plusieurs reprises causant des attentats assez violents.  Il y a un groupe armé qui s’appelle le « Parti des travailleurs du Kurdistan » (PKK) qui font, encore de nos jours, des attentats un peu partout dans le pays pour revendiquer leur indépendance. Cette région est riche en pétrole et c’est pourquoi la président veut garder le Kurdistan. Si on regarde sur le site du gouvernement du Canada à la section conseils en Turquie, ils disent d’éviter tout voyage non essentiel dans cette région. Bon, c’est un résumé, la situation semble beaucoup plus complexe.  Ce qu’il faut retenir, c’est que, d’après certains turcs, c’est un sujet assez sensible.

Ceci étant dit, je ferme la parenthèse et retourne à notre déjeuner où Rémi a mentionné le mot « Kurdistan » et « PKK ». On finit de manger et le gérant de l’hôtel demande à parler à Arthur en privé. En revenant, Arthur nous dit que le gérant les expulse de l’hôtel parce que nous avons parlé de politique. Nous ne le croyons pas et il nous montre un billet de 50 euros en disant qu’il a même remboursé toutes leurs nuits d’hôtel. Le gérant passe près de nous et on lui demande ce qu’il se passe et il nous répond avec une voix tremblante sur l’adrénaline :

Il n’y a pas deux Turquie. Turquie est un seul pays. Le Kurdistan n’est pas une région. C’est l’Est de la Turquie. Les turcs sont sensibles pour ce genre de chose. Je suis désolé, mais vous devez quitter. Est-ce que je vais en France et je commence à dire que telle région est une région allemande?

Hum… et pourquoi pas? Je ne pense pas que les français seraient scandalisés. Je lui dis alors qu’on parlait français et qu’il ne pouvait pas comprendre l’essence même de notre conversation. D’autant plus qu’on n’a pas émis d’opinion politique. Nous avons seulement nommé une région qui existe réellement et nommé un groupe terroriste qui fait des attentats dans le pays. Il n’y a rien à faire, nos amis quittent à la recherche d’un autre hôtel. Je n’en reviens pas! C’est la première fois que je suis témoin d’une situation semblable. Ce qui me fascine le plus, c’est que dans la tête du gérant de l’hôtel, il a pris la meilleure décision à ce moment. Il sait très bien que nous allons mettre de très mauvaises références sur internet. Malgré tout cela, pour lui, c’était mieux de nous expulser. À quel point un sujet peut affecter une personne pour expulser des clients (et les rembourser à 100%)? À quel point le sujet est sensible pour qu’il prenne cela aussi personnel? Et je ne parle pas d’insulte, de vulgarité ou de non-respect. Je parle de prononcer deux mots!!

Après discussion avec des d’autres gestionnaires d’hôtels de la région, tous sont d’accord pour dire qu’on ne peut pas expulser des clients pour ça. Le client a toujours raison. Le pire qu’il aurait pu faire aurait été de venir nous avertir que c’est un dossier chaud et nous demander d’arrêter d’en discuter. Nous aurions été étonné, mais on aurait arrêter. Après discussion avec d’autres personnes, plusieurs nous disent qu’il ne faut jamais prononcer ce mot (Kurdistan). Ceux-ci nous ont parlé d’histoires de gens qui ont parlé de leur opinion politique de vive voix en public. Surprise le lendemain matin quand on a cogné à leur porte. Et bizarrement, ils ont disparus. D’autres turcs nous disent que c’est un sujet banal, que tout le monde en parle sans trop se poser de questions. Qui dit vrai? Qui exagère? Est-ce que je veux vraiment faire le test? Une chose est certaine, nous allons faire attention à ce que l’on dira… D’autant plus que, d’ici quelques mois, nous allons nous diriger dans cette région.

* Je tiens à préciser que cette anecdote est relativement banal lorsque je la compare à tous les Raif Badawi de ce monde (et ils sont pas mal plus nombreux que l’on pense). 

Cet article comporte 2 commentaires
  1. heureuse d avoir de vos nouvelles ma sœur arrive samedi de saint pierre pour 2 semaines cela fait de la visite j’attends la votre ah ah bisous mere grand

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